Après la crise survenue le 14 févier dernier dans le village de Ngarbuh, au Nord-Ouest du pays, une guerre des chiffres à divisé l’opinion nationale et internationale. Alors que le gouvernement faisait un bilan de 5 morts, le Haut-Commissariat des nations unies pour les Droits de l’Homme quant à lui faisait état de 23 morts dont 15 enfants.
Entre accusation et contre accusation, le Conseil de sécurité des nations unies a réaffirmé son attachement aux principes de souveraineté et de l’intégrité de ses Etats membres lors d’une réunion consacrée à la paix et la sécurité en Afrique.
Le président du Centre africain d’Etudes Internationales, Diplomatiques, Economiques et Stratégiques, Dr. Christian Pout, est revenu sur cette page cet après-midi dans un entretien donné à la Cameroon Radio Television (CRTV) au journal de 13h. Il estime que l’intervention du Cameroun à la tribune des nations unies participe à la volonté du gouvernement de donner la bonne information au reste du monde et de demander aux différents partenaires de prendre leurs responsabilités.
Ci-dessous, l’extrait de cet entretien :
CRTV : Une prise de parole énergique qui a fait mouche puisqu’au sein de la communauté internationale, les réactions fusent pour condamner le terrorisme dont est victime le Cameroun. Mais quel crédit peut-on accorder à des pays qui hébergent ceux qui commanditent des actions violentes sur le sol camerounais ?
Dr. C.
Pout : Il est très important aussi de préciser la conjoncture de l’organisation des nations unies. La Chine qui préside aujourd’hui le Conseil pour le mois de mars a mené une action très importante. Et cette réunion du 11 mars consacrée au terrorisme en Afrique a été une grande opportunité pour les pays africains, non seulement de rappeler la situation dans laquelle le continent de manière générale se trouve par rapport à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, mais aussi revenir sur un certain nombre de points qui sont particulièrement significatifs par rapport à cet enjeux.
C’est l’un des enjeux majeurs, et c’est en cela que la déclaration du président du Conseil de sécurité rappelle l’importance des Résolutions 1373 et 2462 qui portent effectivement sur les responsabilités que les Etats membres des Nations unies doivent assumer pour prévenir et réprimer le financement du terrorisme. Et je crois que c’est un point de convergence qui aujourd’hui met chaque Etat membre, et en particulier les pays plus importants de la communauté internationale face à leurs responsabilités.
CRTV : Au-delà des condamnations, à quoi devrait-on logiquement s’attendre de la part de tous ces pays là ?
Dr.
C. Pout : Au-delà de la question des condamnations et qui peuvent rester de l’ordre déclaratoire, la Résolution 2462 est très claire sur les mesures qu’il faut effectivement mettre en place. Maintenant, au-delà des questions du financement du terrorisme, il y a aussi eu la décision de rappeler à tout le monde ses responsabilités, de rappeler à tous les Etats y compris ceux qui hébergent les terroristes, ceux qui facilitent l’utilisation par les terroristes des réseaux sociaux et internet mais aussi les autres dimensions nécessaires, indispensables, consubstantielles à une lutte contre le terrorisme qui se voudrait efficace.
Il s’agit de l’éducation, il s’agit de la formation. Il s’agit de tout ce qui concerne l’enseignement professionnel, tout ce qui concerne l’encadrement des populations vulnérables qui sont les femmes et les jeunes. C’est cela qu’on doit rappeler, que 2% de l’aide publique au développement qui est accordée aux Etats fragiles intervient dans la prévention.
Et c’est ce n’est pas assez. Il faut augmenter les ressources qui sont destinées à la prévention.
CRTV : Comment est-ce que les pays africains qui sont victimes du terrorisme pourraient s’organiser pour pouvoir apporter une réponse adéquate à ce qui se passe ?
Dr.
C. Pout : Il y a déjà aujourd’hui au niveau de l’Union Africaine, un ensemble de dispositions qui sont prises : le Conseil de paix et sécurité, l’initiative « faire taire les armes » en Afrique à l’horizon 2020 et qui est une initiative importante au niveau africain. Il y a également tout ce qui se passe dans les sous-régions.
Que vous preniez le sahel, que vous preniez ici plus près de nous avec les structures telles que la Force Multinationale Mixte qui sont montées à partir des organisations sous-régionales. Ce qu’il faudrait maintenant, c’est renforcer la solidarité entre ces dynamiques qui sont portées par l’Union Africaine à travers ses Communautés Economiques Régionales, ses organisations sous-régionales et la grande dynamique internationale de lutte contre le terrorisme.
Propos
retranscrits par Aristide D.
Bilounga